poussières
« N’écrivez pas de poème d’amour ; (…) Fuyez donc les motifs communs pour ceux que vous offre votre propre quotidien » Rainer Maria RIELKE Lettres à un jeune poète. Pour un éloge du presque rien. Il y a du laisser-aller La poussière, Cet ennemi du bien tenu qui n’a pas lieu d’être et qu’on aimerait ne pas voir. Et pourtant, elle est là ! Changer le curseur et justement la regarder, la trouver émouvante parce qu’elle est ténue, insignifiante. Marquant le temps, le lieu, elle dresse trait pour trait, pas à pas, un corps miroir de ceux qui sont passés là. En faire tout une histoire... Laisser ses ombres et lumières se déposer sur le capteur photographique. Capturer la poussière comme l’essence de la photographie et même des arts plastiques. La poussière donne à voir, tout à la fois, dessin et couleur, peinture et sculpture. Elle rend stérile le débat des théoriciens des siècles passés sur la suprématie du dessin ou de la couleur. Cet informe instable laisse la place à l’imaginaire. Léonard De Vinci faisait une ode à la paréidolie, cet art de voir au-delà du visible. Il invitait à trouver des analogies en regardant les nuages ou les murs souillés de taches. Tout comme Victor Hugo dans Shakespeare : « Le poète, c’est celui qui regarde une tache d’encre et y voit un monde » Ça fait du bien de se raconter des histoires Regarder cet assemblage comme un ensemble de formes et de couleurs en un certain ordre assemblé, ou bien, retrouver une forme connue, et encore refaire le monde et s’interroger sur la constitution de ce monument : d’où vient cette matière, de qui, de quoi s’est-elle défaite ? Comment ces fragments s’attirent-ils ? Savoir laisser-aller… Jean Lou Le Her