Jean Lou Le Her cultive, dans sa pratique photographique, depuis les années 2000, une poétique du léger, du flou, du fragile, de l’opacité légère, de la vitre qui résiste et de la scorie délicate. Trente ans plus tôt l’artiste s’empare du corps d’une peinture dense, souvent monumentale et stratifiée. Peu à peu son sujet semble s’alléger voire parfois s’absenter pour inviter sa trace infime et intime. Cette trace, ce à quoi nous pourrions être indifférents, est magnifiée voire transcendée. Nous sommes au-delà du facétieux “Élevage de poussière” de M. Duchamp et de Man Ray. Ici il ne s’agit pas de se faire remarquer. L’enjeu se trouve ailleurs, il emprunte à notre universalité enfouie. Avec détermination et professionnalisme mais toujours délicatement et profondément l’artiste observe, scrute, épouse, modèle, triture sa matière en l'effleurant. Tour de force et de magie. De la griffe du chat piégée dans la poussière, du fil de soie abandonné par le balai, du scotch résiduel, l'œil caresse et chérit une réalité oubliée. Persiste chez Jean Lou Le Her, la capture de cette réalité qui doit garder dans sa forme achevée, une forme d’opacification, une résistance à la pleine lumière. L’artiste semble préférer la nuit et la distance de l’animal sauvage qui se rapproche du feu. Dans ce murmure de l’instant, que l’on nomme entre chien et loup, tout se raconte dans l’indéfinissable jour et tout peut se raconter dans ces conditions. Dans l’ensemble de la production, si l’on désire dessiner une cohérence de la démarche, le dispositif se décline peut-être par un rapprochement progressif et étonnamment radical du sujet (gros plan, hors champ absent…) : peu à peu le paysage, la topographie des lieux, l’écart, la possibilité du chemin et du cheminement laissent place à un univers indicible, féerique, glacé doux et inédit (série des “Échappées”). Nous sommes saisis, éprouvés par la dissolution des repères, nous en inventons d’autres plus purs, plus abrupts. Dans une forme de flow, nous sollicitons notre poésie intérieure et lui rendons grâce. Nous en avons besoin. Voilà donc une œuvre nécessaire, poétique et politique, qui nous hisse et nous extrait d’une actualité qui contraint notre psychisme à la politique du chaos, à l’émotion décuplée au forceps. Nous pouvons encore décider de regarder où le ciel est plus clair, Jean Lou le Her nous y autorise à nouveau. Jane Planson